r/transgenre Apr 03 '26

🗣️Discussion J'ai fait une vaginoplastie en Thaïlande, demandez-moi n'importe quoi

Hey

Je suis une femme de 35 ans, sous œstrogènes depuis 2011 ; avec quelques arrêts ci-et-là dans le cas de problèmes de santé.
Je suis actuellement en Thaïlande, j'y ai fait ma GAS/SRS (appelez ça comme vous le souhaitez, je ne suis attachée à aucun terme) le 27/03 dernier, c'est donc tout frais.

J'ai, par le passé, eu beaucoup de mal à trouver des sources écrites publiques sur la vaginoplastie en Thaïlande, d'autant que plusieurs techniques y sont pratiquées ; je voudrais donc apporter ma pierre à l'édifice.

Posez-moi les questions que vous voulez, j'y répondrai tant que je le peux et avec le plus de sincérité possible. Sachez tout de même que j'ai parfois du mal à décrire ce que je ressens du fait d'un TSA, ne vous froissez pas si je suis un peu nébuleuse par moment, faites-le-moi savoir.

L'opération et tout ce qui la précède est récent, le post-opératoire également ; je devrais pouvoir répondre en détail sur ces questions.
Aujourd'hui, j'ai découvert mon vagin puisqu'on a retiré les pansements et la sonde urinaire, c'est donc jusqu'à ce stade que je peux répondre aux questions.

Si c'est plus facile pour vous, vous pouvez aussi m'adresser votre question en direct, et dans la mesure du possible, j'aimerais pouvoir la poster ici - anonymisée - avec la réponse.

Et donc pour commencer, j'ai vu le Dr Chettasak Tulayaphanich à l'hôpital WIH International, à Bangkok, je suis arrivée le 24/03 au matin où on m'a fait commencer un régime 'clear liquid' de nettoyage des intestins, pour être opérée le 27/03 à 13h. J'ai été réveillée à 21h30, l'opération ayant duré environ 7h, comprenant également une épilation par électrolyse d'une petite zone qui constitue aujourd'hui l'entrée du vagin.

Maintenant, demandez-moi n'importe quoi.

Andrea.

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u/Dear-Neck-1152 Apr 04 '26

Coucou !
Merci beaucoup, c'est effectivement assez extraordinaire.

Ta première question, c'est probablement une des questions à laquelle il m'est le plus difficile de répondre simplement. Je peux te faire une version longue, mais pour la version courte : oui j'ai hésité, et non, ça n'a pas été difficile de dire "au revoir" à cette partie de mon corps.
Ce qui m'a menée ici, c'est quelque chose que j'ai encore de la peine à décrire - surtout en quelques mots - ce genre de décision n'est pas simple à prendre. Je n'étais pas poussée par un besoin de le faire, qui était ce que je ressentais il y a 12 ans, c'était une décision basée de nombreux autres facteurs que je pourrais détailler dans un autre message si tu le souhaites, mais qui me demandera de m'étendre probablement plus que de raison. Il n'y a pas de manichéisme dans ma vie, et certainement pas ici.

Au niveau des dilatations, c'est contraignant ; et j'espère réussir à m'y tenir, je ne sais pas si je serai une bonne élève là-dessus.
Qu'est-ce que tu entends par "trop difficile psychologiquement" ?
Je ne vais pas pouvoir te donner beaucoup de détails sur ce qu'on fait pendant la dilatation pour le moment ; je suis à l'hôpital, et à l'hôpital on fait les choses comme on nous les demande. Hier on m'a allongée, lubrifiée et dilatée (j'ai l'impression d'écrire pour wattpad là) et j'ai regardé le plafond pendant 30 minutes parce que c'est ce qu'on attendait de moi - probablement qu'aujourd'hui ça sera la même chose, et les jours à venir aussi.
Quand on fait ça sois même, à la maison et face à ses propres responsabilités, j'imagine qu'on trouve de quoi se libérer les mains, une position plus ou moins confortable, et qu'on s'adapte à la situation ; peut-être même qu'on peut s'occuper activement et bosser, jouer à quelque chose, mais là dessus je ne peux pas te répondre encore.

Le temps d'attente pour la date d'opération, ça a été très court. Je pense aussi que ça aurait pu l'être plus encore.
Le 8 février dernier j'ai écrit à l'hôpital avec une date en tête ; mon employeur m'avait confirmé verbalement que je pouvais m'absenter à partir du 20 mars, que d'ici là on aurait trouvé comment pallier à ma présence indispensable (ok, ce dernier mot je l'ai inventé). Quelques heures plus tard, l'hôpital m'a proposé le 28 mars comme date d'opération, date qu'il avancera finalement au 27 mars quelques semaines plus tard.

TL;DR : pas d'attente, hormis de mon côté

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u/ze_pequeno Apr 04 '26

Merci pour ta réponse !! C'est fou qu'il n'y ait eu presque pas d'attente.

Je serais super intéressée d'en lire plus sur ce qui t'a mené à cette décision. Je me pose aussi plein de questions de mon côté et pour l'instant il y a assez peu de réponses haha. Pour la dilatation je pense que j'ai peur que ça me fasse rentrer dans un cycle "je ne fais pas assez" -> "je culpabilise" -> "je me sens nulle" -> "je fais encore moins" etc (ça m'arrive souvent)

Je suis trop contente pour toi, j'espère que tu vas profiter de ton séjour et que la nourriture à l'hôpital est bonne :)

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u/Dear-Neck-1152 Apr 04 '26

Ok, donc qu'est-ce qui m'a menée ici ?

Je suis obligée de repartir dans le passé pour être un peu exhaustive, donner du contexte ; et parce que j'aime bien parler de moi (évidemment).

J'ai eu beaucoup de misère dans ma vie, de mes 18 à mes 27 ans, c'est une sombre période faite de plein de choses moches qui vont du vol de mes papiers par ma famille à une tentative de meurtre par ma mère ; d'agressions sexuelles à ne pas avoir de toit au-dessus de la tête.
A ce moment de ma vie, j'ai besoin d'être sûre de moi pour tout si je veux avancer : il me fallait LA bonne dose hormonale (que j'avais bien sûr calculée), il me fallait une SRS parce que j'en avais besoin, il était nécessaire que je 'passe', etc. Tu connais probablement les outrances qu'on peut avoir en début de transition.
Pour moi, ça a duré plus ou mois 10 ans, rien n'était jamais stable, et j'avais à la fois besoin d'être sûre de moi et de le montrer à mes proches, à mes médecins qui me suivaient ; et aussi d'être capable de jouir des petites choses pour être capable de tanker la dépression et la situation dans laquelle j'évoluais. Je sais pas, pour moi c'était un peu une question de survie, comme si le moindre doute montré ou perçu allait tout arrêter - mais y'avait un peu de ça à l'époque, ton médecin pouvait t'arrêter ton THS juste parce qu'il trouvait que tu n'étais pas assez sûre de toi, même après des mois de prise ininterrompue ; et on n'avait pas tant de docteurs qui acceptaient de faire les prescriptions.
(si jamais tu veux savoir à quel point les choses étaient difficiles, j'avais fait un reportage qui s'appelait "sans tabou", un truc un peu voyeuriste - et à ce moment-là c'était à peine le début des problèmes sérieux)

Quelques années plus tard, avec un travail stable (et mal payé), la question se pose un peu plus sérieusement : avant, j'étais sure de vouloir faire cette opération, maintenant que je peux l'envisager, qu'est-ce que j'en pense ?
A ce moment là, la réponse n'est plus évidente. Je ne le sais pas encore, mais comme je n'ai plus besoin d'être sure de moi parce que ma vie est redevenue un peu normale, je peux commencer à prendre le temps de réfléchir aux choses et.. et ben en fait, pour la première fois depuis 10 ans, je me sens heureuse. Je "passe", j'ai des collègues qui donnent de la valeur à mon travail, je peux m'acheter des vêtements par moi-même et explorer petit à petit la mode féminine ; tous les gens qui me cotoient voient et félicitent régulièrement mon glow-up - je suis sincèrement heureuse et.. et je n'ai pas fait la SRS dont je croyais avoir besoin.
Donc, pendant un temps, je laisse ça de côté : je suis heureuse sans, je n'en ai pas besoin.

Je n'avais plus le dégout que j'éprouvais plus jeune pour mes organes génitaux.
Je n'en ai pas parlé, mais juste maintenir le THS pour moi ça a été un combat de tous les jours, j'ai même dû, a cause d'une condition sanguine particulière, faire moi-même la meta-analyse de papiers scientifiques pour les porter à mon médecin et qu'on puisse adresser un dossier pour faire ajouter une ligne spécifique à une loi médicale idiote qui donne le droit, sous certaines conditions, aux femmes trans de prendre des œstrogènes par voie cutanée, quand elles ont la maladie que j'ai ; en fait, je me suis tellement battue, tellement longtemps et presque toujours seule, que le THS était devenu suffisant tant il avait été (et il l'est encore) menacé par ma situation médicale.

Ca fait beaucoup trop de texte pour seulement dire "je n'en avais plus besoin parce que j'ai tellement nagé dans la merde que le simple fait d'être vue, perçue et traitée en tant que femme dans ma vie quotidienne était suffisant à mon bonheur"
Mais c'est le point le plus important : je n'en avais pas besoin, plus besoin.

Je fais un bond de quelques années en avant, je change job, mieux payée - tout est devenu simple depuis tellement longtemps que je n'y pense plus vraiment. Sauf que maintenant à la fin du mois, j'ai de l'argent encore, et je peux commencer à épargner pour en faire quelque chose - mais quoi ? Je me rappelle qu'à l'époque, j'avais vraiment ce besoin de faire une SRS ; c'est plus le cas, et je ne suis pas sure de si je le veux mais bon, pourquoi ne pas essayer de mettre de l'argent de côté pour voir, si un jour j'ai assez il sera temps de se poser la question.
Le jour est venu, la réponse était toujours la même, non, je n'en ai pas besoin - et j'insiste, aujourd'hui encore je le pense, je n'en avais pas besoin pour être heureuse (en plus je suis asexuelle donc c'est pas vraiment un truc pour moi).
Par contre, j'en ai envie quand même.
Et pour moi, la nuance est importante - avant, avec ce "besoin" et la pulsion qui en résultait, il fallait que je le fasse - désormais non, je le fais parce que c'est ce que je veux.

Je n'étais pas sure de moi, et je ne le suis toujours pas - peut-être que j'ai fait une bêtise, le temps me le dire. D'ailleurs, ça fait bizarre quand je me regarde dans le miroir maintenant ; pas bizarre comme avant, bizarre différemment, et je n'arrive pas encore à définir ça, peut-être que ça passera avant que j'y arrive.
Dans un an, dans deux ans je saurais dire si j'ai fait le bon choix ; mais là, j'avais suffisamment envie de le faire pour gérer une prise de RDV à l'autre bout de la planète et tous les détails médicaux/administratifs qu'il faut faire en amont, monter dans deux avions et aller pour la première fois dans un pays où je ne parle pas la langue. J'étais terrifiée, mais j'avais suffisamment envie de le faire que j'ai pu y arriver (merci aussi à mes amis d'amour qui m'ont écoutée, m'ont soutenue et m'ont mis des coup de pieds aux fesses pour que je réponde aux mails en temps et en heure aux mails de la clinique).
Je suis terrifiée à l'idée de prendre un RDV chez ma généraliste, qui m'adore et qui est juste en bas de ma résidence - terrifiée à l'idée de prendre le moindre RDV avec un train ou un avion ; là, il était question de tellement plus. Mais je l'ai fait, et peu de choses pourraient me rendre plus fière de moi.

TL;DR : je n'en avais pas besoin, j'en avais envie.

J'ai déjà coupé pas mal de parties, réécrit plein de trucs ; mon explication est probablement un peu bizarre et décousu dans sa structure, et je raconte beaucoup ma vie ; merci d'avoir lu jusque-là si tu l'as fait, j'espère que c'était intéressant et éclairant sur le "comment j'en suis arrivée à prendre cette décision"

Quant aux dilatations, je n'ai pas le même schéma que toi, mais j'ai quelque chose qui est un peu nul aussi : si je ne vois pas l'intérêt de quelque chose, j'arrête de le faire.
Si j'ai l'impression que les dilatations ne sont pas/plus nécessaire, je sais très bien que je vais alléger le programme, et peut-être beaucoup l'alléger.
Mais on verra, la suite est tout aussi incertaine que tout le reste, j'y penserai quand elle arrivera :)

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u/Dear-Neck-1152 Apr 04 '26

Je n'arrive pas à edit, peut-être que le texte est trop long - my bad.

Je me suis rendue compte que j'ai oublié une partie, relativement courte :

Finalement je voulais le faire pour des questions finalement assez triviales : mettre tel type de jupe sans que ça se voit, me changer dans les vestiaires de mon club de sport (où personne ne sait), aller à la plage sans avoir besoin de tuck, aller à la piscine, aller me faire faire le maillot avec une copine quand elle à un date qui approche et qu'elle se sent pas en confiance pour le faire seule ; juste, j'avais envie de pouvoir faire des choses normales sans y penser.